Je suis tombé, grâce à l'émission engagée "là-bas si j'y suis", de Daniel Mermet sur France Inter, sur l'excellent bouquin de Normand Baillargeon intitulé : « petit cours d'autodéfense intellectuelle »
Dans ce petit livre hors du commun, l'auteur nous apprend à réfléchir par nous-mêmes et à penser de façon critique. Ce livre est un excellent outil, rempli d'exemples concrets à utiliser tous les jours dans ce monde où nous sommes noyés dans l'information, information difficile à vérifier et émanant dans bien des cas d'entreprises spécialisées dans la communication. Je pense d'ailleurs que le terme information pourrait être remplacé sans problème par le terme propagande.
Voici une citation relevée page 270 dans le chapitre concernant les médias :
« bien sûr, le peuple ne veut pas la guerre. C'est naturel et on le comprend. Mais après tout, ce sont les dirigeants du pays qui décide des politiques. Qu'il s'agisse d'une démocratie, d'une dictature fasciste, d'un parlement ou d'une dictature communiste, il sera toujours facile d'amener le peuple à suivre. Qu'il ait ou non droit de parole, le peuple peut toujours être amené à penser comme ses dirigeants. C'est facile. Il suffit de lui dire qu'il est attaqué, de dénoncer le manque de patriotisme des pacifistes et d'assurer qu'il mette le pays en danger. Les techniques restent les mêmes, quel que soit le pays. »
Herrmann Goering
(durant son procès à Nuremberg)
Je trouve cela très intéressant et plus que jamais d'actualité. Voici un exemple concret de propagande que l'on trouve un peu plus loin dans le livre :
« le deux août 1990, l'Irak envahit le Koweït. Aussitôt, et avec une rapidité et une vigueur peu commune, la brutale agression est condamnée en Nations unies qui, le six août, impose des sanctions contre l'Irak.
Nous voici à l'automne 1990 et de vifs débats sont en cours sur l'opportunité d'une intervention militaire, que les États-Unis, pour qui Saddam Hussein a longtemps été un ami très cher, un allié précieux et un partenaire commercial exemplaire, préconisent désormais.
C'est à ce moment précis que survient un événement qui reste dans toutes les mémoires, dont vous vous souvenez sans doute même si vous ne suiviez et l'actualité que du coin de l'oeil. Rappelons les faits.
Une toute jeune fille appelée Nayirah je présente à Washington devant le Human Rights caucus de la House Of Représentatives. Les membres du congrès comme le public américain seront complètement bouleversées par le témoignage de cette jeune koweïtienne de 15 ans qui raconte, en larmes, des horreurs sans nom.
Elle décrit comment les soldats irakiens ont pris d'assaut un hôpital de Koweït où elle travaillait comme bénévole, volé des incubateurs et tuer ou blessé mourir 312 bébés, qui agonisèrent sur le plancher de la maternité. Les médias diffuseront la nouvelle par tout au monde. Saddam Hussein, hier encore un ami très cher, était, après le deux août, devenu le « boucher de Bagdad » : à la suite du témoignage de nayirah, il sera un tyran « pire que Hitler ».
Les partisans d'une guerre contre l'Irak vont faire bon usage de ce précieux témoignage, en particulier contre ceux qui voudraient que l'on s'en tienne aux sanctions et que l'on cherche une solution politique et négocier au conflit -- ce que l'Irak avait d'ailleurs proposé à la mi-août aux Nations unies. »
On voit ici clairement, le genre d'histoire utilisée à des fins de propagande afin de convaincre la population de suivre les choix politiques. Mais cela ne s'arrête pas là c'est bien pire encore qu'on ne le pense.
Voici ce qu'on peut lire par la suite :
« Nous pouvons aujourd'hui, avec autant de certitude qu'on peut raisonnablement avoir sur de tels sujets, reconstruire ce qui s'est passé.
Nayirah était en fait Nayirah al Sabah, la fille de l'ambassadeur du Koweït à Washington. Elle n'avait jamais rien eu à voir avec cet hôpital, où rien de ce qu'elle a dit ne s'était passée. Son témoignage était un fonds et il avait été très soigneusement préparé et mis en scène dans les moindres détails par des cadres d'entreprise Hill and Knowlton de Washington. Ceux-ci avaient soigneusement formé la jeune fille -- ainsi que les quelques autres personnes qui devaient corroborer son histoire -- pour la simple et bonne raison que cette firme venait de signer un lucratif contrat de 10 millions de dollars avec les koweïtiens pour argumenter en faveur de l'entrée en guerre des États-Unis. Hill and Knowlton, sachez-le, ne faisaient alors que leur métier : c'est en effet une (très grosse) firme de relations publiques »
La suite du texte explique que contrairement à ce qu'on pense trop souvent ce genre de propagande n'est pas le fruit d'une conspiration mais simplement du système tel qu'il est aujourd'hui, ce que l'on voit clairement à travers le contrat qui lie la firme de relations publiques avec le Koweït...
Voilà comment on pousse un peuple à accepter et soutenir une guerre, en utilisant le mensonge et en jouant sur les sentiments et l'émotionnel pour le convaincre. Je me demande quelle méthode a bien pu être utilisée pour convaincre le peuple américain (entre autres) d'attaquer l'Irak en 2001...
J'ai vu quelques autres exemples sympathiques dans un bouquin de Noam Chomsky. Je les ajouterai à l'occasion dans le blog avec le tag propagande de façon à pouvoir les rassembler facilement.
Sinon, hier Kad Merrad (acteur dans bienvenu chez les Chtis, 20 millions d'entrées) à lu la déclaration des droits de l'homme lors de la cérémonie du 14 juillet... Action tout à son honneur, mais je me demande quelle est la firme de communication derrière ce beau geste...
Coïncidence, ma femme à emprunté il y a peu le Discours de la servitude volontaire de La Boétie. J'y ai jeté un oeil hier soir, et là c'est une révélation, à mettre en parallèle avec tout ce que je viens d'écrire sur la pensée critique.
Extrait du résumé en couverture:
" La résistance à la misère et à l'oppression ne passe pas, pour La Boétie, par la violence et le meurtre. La servitude des peuples est volontaire ; ce sont eux qui "se coupent la gorge" et qui, en acceptant le joug, dénaturent la nature humaine, pétrie de franchise et de liberté. Les hommes échapperont donc à leur horrible sujétion en reconquérant leur vérité première, leur "nature franche". De cette restauration dépend la grande péripétie de la vie politique qui, dans une perspective contractualiste, fera de l'hommme, et non plus de Dieu ou de ses lieutenants, le seul maître d'oeuvre du monde politique". Pour rappel ce discours date du XVIe siècle...
Aujourd'hui l'éducation des hommes est meilleure et cela justifie à mon avis tous les efforts qui sont mis en oeuvre pour les détourner des choses importantes et leur donner l'impression qu'il sont condamnés à être spectateurs et qu'il n'ont aucun pouvoir sur le monde qui les entoure...
Bon, je retourne regarder l'Ile de la tentation moi...
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